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Sœur Anne et la modernité

Billet d'humeur d'Alexandra Tricottet : du diktat sanitaire à la résurgence de la guerre en Europe, retour sur la crise d'hégémonie que nous traversons ces derniers mois.

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Rainy Day
Rainy Day (Frank W Benson / Wikipedia)
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Par Alexandra Tricottet
Lecture 15 min

Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie »…

À vrai dire, je vois surtout les hordes de mercenaires à la solde des condottieri qui ravagent le pays. Piller les greniers communs, vivre sur le dos de la bête, terroriser les plus vieux, les plus jeunes, condamner à l’errance ceux qui perdent leurs moyens de subsistance. Le programme se durcit ici aussi, de façon moins brutale que dans les colonies peut- être, mais tout aussi sûrement.

Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Il faut être sourd pour ne pas entendre les bruits de bottes.

Sœur Anne voit des lumières qui clignotent

La régionalisation est à point, les barons sont en place, vassaux du vassal du Saigneur de la guerre. Maintenant qu’on a tous bien travaillé pour enrichir la Nation, celle-ci est décrétée has been par les gestionnaires qui pantouflent dans nos institutions. Ringarde, la Nation, on vous dit, il faut savoir être résolument modernes.

Comme tous les biens communs, elle est privatisée et vendue à l’encan. Les vieux aux Ephad, les malades aux cliniques ou aux rebouteux quand ils n’ont pas le sou, les médecins aux académies de sciences des grandes cités, les élèves méritants au séminaire communautaire ou au service du prince, les travailleurs aux notables, les ingénieurs à l’armée. Il paraît que le service des postes modernisé se fait à cheval, raison pour laquelle le courrier n’arrive plus que tous les quatre jours dans les zones excentrées.

Bref, nous avons coutume de croire que nos institutions sont républicaines parce qu’elles ont gardé le même nom depuis des décennies, mais elles ont été vidées de leur substance et de leurs ronds de cuir. Il serait temps de se rendre compte qu’en fait, il n’y a plus personne dans les couloirs et encore moins dans les bureaux.

→ À lire aussi : Le grand démembrement, cinq ans de macronisme 2017-2022

La fameuse « Europe des régions » qu’on vendait aux étudiants de géographie dans les années 90 est désormais notre quotidien. L’Occitanie est devenue l’espace de rêve du militant puisque le rétrécissement de l’horizon a bien sûr entraîné la régionalisation des projets, y compris de résistance. Dans les rares sections locales communistes qui fonctionnent encore, les Lumières clignotent. Aucune conscience nationale des problèmes posés par les attaques de la contre-révolution. Les militants, ou ce qu’il en reste, sont bel et bien régionalisés dans leurs têtes, et abandonnent le terrain de l’universel au profit d’un poste de vague « consomm’acteur » local. Ils se contentent désormais de ce bakchich estampillé bio et local en échange de cette démission. Serait-ce en rapport avec le péché d’avoir cru aux lendemains qui chantent et à la gloire qui n’est jamais venue. « Je m’appelle Zangra et je suis capitaine au fort de Belonzio qui domine la plaine… ».

« En attendant ce jour », réduire les inégalités, tamponner, faire ce qu’on peut, et surtout ne pas se disperser car on risquerait de perdre le peu qui reste. Dans le marasme général, s’éviter à soi-même le pire (ou s’imaginer s’éviter le pire) devient le réflexe le plus commun. Un réflexe qui devient une tendance généralisée, faussement conquérante, sur fond d’inculture et de manque de formation qui l’ont généré. Inculture crasse dans tous les domaines : historique, économique, politique. À l’échelle nationale bien sûr, lavage de cerveau « éducatif » oblige. Quant à l’échelle internationale, il n’y a plus que le vide.

Cette inculture fière d’elle-même se porte donc comme un charme dans le paysage politique à la veille des élections. Elle n’a que faire des enjeux à la lumière desquels elle se prélasse, se révèle, se déploie même. Le petit intellectuel avec son niveau de semi-docte, encore trop cher payé par rapport à ses capacités réelles, est à son aise, et vaque à l’étalage de son inconsistance, à ses encours de boutiquier, dans son arrière-cuisine. Il devient conseiller prudent : ne pas faire de vagues, réduire ses ambitions, réduire son horizon. Et celui des suivants par la même occasion. On le sait maintenant, par peur (devenue panique depuis la crise du gros vide) de perdre « le terrain âprement gagné ». Cette peur est désormais plus forte que le peu de curiosité intellectuelle dont il faisait preuve au temps de la République. Alors, en milieu régionalisé, voire cantonalisé...

Le fantasme de la contagion, de la mort brutale mais surtout finalement de la mort sociale a révélé le manque cruel de courage politique des couches moyennes éduquées, en même temps que leur porosité au discours et à l’esthétique yankee. Il y avait finalement du vrai dans les méfaits du jean porté trop serré dénoncés par les tenants de la tradition machiste européenne.

Certains lisent encore la presse écrite, pensant s’informer, et continuent de pérorer en alignant deux contre-vérités historiques, de se défiler devant la tâche, quand ils ne hurlent pas simplement avec les loups. Le travail acharné d’une poignée d’historiens, de quelques critiques, de quelques reporters, est bien trop fatigant à lire ou à écouter. Et pire, il faudrait pour les étudier et les comprendre accepter de revenir sur cinquante ans au bas mot de conneries et de mensonges désormais sédimentés.

Tout ce calcaire qui poudroie et rend l’horizon blafard.

Finalement, il s’agit bien d’un rapport au travail. Ayant somme toute assez peu bossé pour obtenir la situation économique pépère dont ils ont hérité des générations précédentes, ils laissent le sale boulot aux autres. Le négatif n’est pas pour eux, ils préfèrent positiver. Et ne surtout pas s’oublier. Obsessionnels du tri (sinon on va tous mourir), ces braves « assis devant » laissent aux suivants l’énormité du boulot à venir pour nous débarrasser des pouilleux escrocs qui nous gouvernent. Ils n’évacuent pas les déchets les plus lourds, ils laissent les « encombrants » dans la rue et s’évitent comme ça un voyage à la déchetterie. Il n’y a pas de petites économies. « Ils sont bons les types ! » comme disait le tarnais. Les puritains apeurés sont désormais légion, prêts à sortir leur carte d’électeur de la même façon qu’ils dégainent leur discours sur leur belle démocratie.

Ce qui laisserait à penser que le rapport du puritain à la révolution est un rapport inverse de ce qu’on nous a appris depuis 68. Plus le puritanisme gagne du terrain, plus la perspective révolutionnaire s’éloigne. Le puritanisme n’est pas le corrélat d’une quelconque « pureté » révolutionnaire. Robespierre n’était pas un pisse-froid puritain, Staline non plus. Ils ne traquaient pas, tout autocrates fantasmés qu’ils sont devenus par la magie de la propagande contre- révolutionnaire, la fin du plaisir.

On l’expérimente chaque jour un peu plus, la fermeture de l’espace social, l’abandon de la production industrieuse de quelque type qu’elle soit, l’interdiction de l’accès à un travail reconnu d’utilité publique a fait des ravages sur les camarades comme sur une large part de la population. Cette fermeture de l’horizon social et politique a eu pour conséquence le surdéveloppement de la névrose des individus. Ne pouvant se développer à l’extérieur, sur le terrain économique et social, et donc être contenue par les autres, collègues ou amis, elle se retourne contre l’individu. Le seul lieu qui s’offre à son expression est désormais celui de l’identité. En somme, le seul domaine sur lequel on pense avoir prise quand tout le reste fout le camp.

L’énergie libidinale est donc désormais investie de façon monomaniaque dans l’imaginaire masochiste. Le vrai bourreau dans le couple sado-maso est bien le masochiste. C’est lui le metteur en scène, le directeur d’acteurs. Et le faux coupable, la marionnette de service préposée au rôle du sadique, le fameux « pervers narcissique » des revues à la mode – qui peut bien sûr être un sale con farci de méchanceté – doit payer sa livre de chair, servir de victime expiatoire. #Moi aussi, il m’est arrivé la même chose. Incroyable ! Comment se singulariser autrement que dans la victimisation quand on est un surplus de classe, toujours plus en surplus, et que la prise sur le travail concret vous échappe de plus en plus ? Vous avez dit plus ?

Évidemment, pour comprendre ce phénomène, il faut reconnaître qu’on fait partie de ce surplus de classe. Et pour ça, il faudrait accepter l’existence des classes : la dynamique historique qui les agite et les confronte comme les déterminations qui nous agitent.

Aussi, avec l’obscurcissement de l’horizon par le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie, la conscience malheureuse n’est même plus poétique, elle n’est plus que marchande, aucune sublimation n’est plus possible. D’où sans doute la lecture de témoin de Jehovah qu’ont adoptée les fidèles lecteurs du Monde ou de Libération, pour ne citer que les deux principaux torchons qui font fureur. Je ne citerai pas L’Humanité par égard pour mes camarades et mon arrière-grand-oncle co-fondateur, mais c’est une coquetterie, j’en conviens.

Leur lecture de ce qui agite le monde est donc effectivement à pleurer d’ennui ou à bâiller de paresse intellectuelle. Quoiqu’en y réfléchissant bien, je me demande s’il ne s’agit pas d’angoisse ou de dépression plutôt.

→ À lire aussi : Gros vide

Les camarades vieillissants les plus fidèles et les plus aguerris en viennent à rêver qu’une comète qui dézingue tout arrive enfin, pour sceller définitivement le destin du Parti et de ses partisans. Une façon un peu lâche d’envisager la suite et de s’excuser de ne pas participer à l’effort commun (forcément commun) pour éviter la catastrophe. Les tenants de la réaction penchent en général plutôt pour une bonne guerre, afin d’assainir un peu tout ce merdier, comme pour justifier leur mort aux autres, mais surtout la mort des autres. En somme, ce qui les distingue dorénavant est le moyen d’en finir et non pas un quelconque projet de lutte finale.

Restent quelques esseulés, un peu épuisés il faut bien le dire par tant de lâcheté, d’approximations historiques, philosophiques, économiques, médicales et amicales.

Sœur Anne a une vue imprenable sur le désert qui gagne.

Reste… la jeunesse. Comme sœur Anne, elle scrute l’horizon en s’ennuyant ferme pendant que Marie, sa sœur jumelle, est partie on ne sait où.

Un trentenaire me vantait il y a peu les mérites de la concurrence en matière d’énergie depuis sa plate-forme téléphonique. Il me disait fièrement qu’il était socialiste, ce dont je ne doutais pas, vu la frénésie qu’il mettait à me convaincre, me prenant vraisemblablement pour sa mère. Enercoop, blablabla… les ravages conjoints du discours « escrologique » et des mérites d’un « juste milieu », celui qui balance dans l’espace historique entre la trahison dans le monde d’avant et la trahison dans celui d’après. Je me suis dit que les trentenaires avaient du boulot pour se remettre d’aplomb, qu’ils vieillissaient vite et moins bien que les cinquantenaires survivants du marasme capitalistique de ces dernières années. Plus embourbés, si c’est possible, dans les contradictions de la double période qu’ils ont vécue : l’enfance dans les dernières années des 80’s où la réussite sociale était encore possible si on y croyait dur comme fer – si je mens, je vais en enfer soviétique – et l’âge adulte dans la débandade générale post 2008. Certains se sont réveillés, mais l’angoisse environnementale les a bien amochés, « l’éco-anxiété » comme ils l’appellent eux-mêmes. Et pourtant, les réveillés bossent durement pour rattraper le temps perdu. Si les « encore-endormis » se shootent à l’errance éco-participative, la méditation, l’informatique, ou une autre drogue dure en vente sur le marché libre et non faussé, il semblerait que l’herbe qui verdoie soit de meilleure qualité.

Les mercenaires en approche n’auraient donc pas tout compris ? Certes, ils sont musclés, leurs armures sont brillantes vues du donjon, ils sont autonomes, n’ont aucune vergogne. Vergogna signifie la honte, soit dit en passant. Ils veulent nous faire croire que seuls les plus forts des survivalistes survivront, les plus rapides, les pros de la rapine qui savent fabriquer des colliers de nouilles comme Rahan se faisait des colliers de dents de requins. Leur coiffure hirsute, leur barbe conquérante et décorée comme celle des chefs de tribu, ils se pensent diablement originaux. Or, pour peu qu’on circule un peu dans les milieux dits alternatifs, on en croise à la pelle. Même coiffure, même discours de rebelles en carton qui ne se rendent pas compte à quel point ils vivent sur le dos de la bête, eux aussi. Ce n’est pas péché, nous profitons tous de la socialisation des moyens de production, mais quel ennui !

Les suivants sont encore plus vifs. Nés avec internet, seuls comme des chiens, affamés comme des loups et maltraitants comme des chats. Affûtés, ils ont compris pour le plus grand nombre d’entre eux que personne ne pouvait les protéger de la compression des salaires, ni de la versatilité des marchés, et encore moins de la ruine des communs dont ils pensent ne jamais avoir bénéficié. Et ils sont aux abois. Comme tout mammifère maltraité par le groupe, ils blessent les mains qui se tendent car ils se croient seuls. Ils sont tellement persuadés que ceux qui les précèdent ont bien profité, qu’ils se sont persuadés que les années quatre-vingt étaient une période enchantée. Le seul remède à leur solitude serait un emploi à la hauteur de leurs capacités, mais rien n’est fait pour les accueillir dignement au sein du Travailleur Collectif. L’armée du capital et ses mercenaires ont besoin de réserves de chair fraîche pour continuer de piller.

En temps de crise, les plus jeunes ne sont plus protégés et sont allègrement sacrifiés sur l’autel du profit à courte vue. Stagiaires, contrats poubelles, ils sont encore plus maltraités que leurs aînés alors qu’ils sont le produit certain, pour la majorité d’entre eux, d’un saut qualitatif indéniable en matière de savoir, de curiosité et de compréhension des phénomènes et de ce qui les génère. Mais voilà, ils sont tellement peu sociabilisés, tellement peu dans l’échange, tellement habitués à une gratuité des savoirs qu’ils sont devenus pingres en toute chose. Aucun code. Les fauves, y compris de l’angoisse, qui sont promus dans nos sociétés de la concurrence effrénée, destructeurs du groupe, des liens, des intérêts communs, n’apparaissent hélas pas clairement à l’individu en errance. Ils restent donc, l’angoisse du Moi en écharpe, toujours en souffrance, avec la peur panique de la solitude qui leur a fait comprendre, pour l’avoir expérimentée, que l’humain était un prématuré sans défense hors de son groupe social d’appartenance.

Sœur Anne voit un gros champignon à l’horizon.

La seule chance de préserver la survie de l’espèce est de vivre ensemble pour domestiquer les fauves. Le tour de passe-passe le plus incroyable du capital est d’avoir réussi à faire porter la culpabilité des catastrophes induites par le système sur les générations précédentes, comme une collaboration de fait. Or, cette culpabilité est un des multiples reflets du fantasme de puissance, sa conséquence logique. Nous ne sommes donc pas coupables collectivement d’une quelconque mauvaise action mais seulement de la jouissance que le fantasme de cette mauvaise action nous aurait procurée. Un peu comme si les gentils enfants de parents supposés soixante-huitards avaient assisté à une scène primitive telle que définie par Sigmund, mais à l’échelle de la société entière. D’où leur dégoût pour leurs ascendants, qui relève plus de la pathologie que de l’analyse historique et politique.

Peu importe le détail de l’action en question, ensevelie sous les multiples ellipses, elle fera retour de toute façon à chaque saison, car elle est sans doute la forme constamment renouvelée du péché originel. Nous avons trop joui des années précédant la crise et comme crise il y a, c’est que nous l’avons précipitée par notre peu de foi. Ça paraît compliqué mais c’est pourtant assez simple comme raisonnement, voire même simplet : l’avers de la puissance est l’impuissance bien réelle de l’individu atomisé. Cette histoire de « boomers » est une projection, et comme toute projection, elle est à l’envers. Car finalement, ceux qui ont supporté les années 70 et 80 sans se suicider seraient plutôt des héros du quotidien, quand ils ne sont pas bien évidemment des contre-révolutionnaires qui s’ignorent.

Les ravages de la guerre « des pauvres contre les pauvres » dans les rapports interpersonnels sont immenses et ceux qui craquent se ramassent à la petite cuillère tellement ils sont souffrants. Dans la jeunesse en premier lieu, les conneries intersectionnelles ayant permis un travail de sape efficace dans le flanc de la bête. Mais également chez les parents de ces petits princes et princesses neuneus, les enfants qui se mutilent ou se suicident désespèrent la société dans son ensemble. La violence dans les rapports entre les sexes ne va pas sans celle contre les générations précédentes. Le pendant des ravages de « l'intersectionnalité » sur ses contemporains est donc celui de la destruction des liens entre générations. Ces ravages fonctionnent en miroir.

Évidemment, dans toute névrose, même calcifiée, les ellipses peuvent être dénouées. Mais c’est comme défaire un travail de brodeur ou de tapissier, ça prend un temps infini. Car au passage, il faut dépoussiérer le tapis, le battre pour en faire tomber toutes les mites, étudier sa trame, ses motifs, le nombre de ses nœuds, la qualité de ses couleurs, les différentes mains qui ont fait fonctionner les navettes, quand ce ne sont pas celles qui ont filé les fils… voire dater les différents fils, trouver les lieux de leur fabrication, les routes commerciales par lesquelles ils ont transité.

Autant dire qu’il est plus facile de continuer tête baissée que de se retourner et s’asseoir pour réfléchir. À défaut d’entrevoir un avenir, il semblerait que nos frères humains préfèrent prendre soin de leurs illusions plutôt que de leurs compagnons de voyage.

Que d’efforts et de honte en perspective… Et tout ça pour cartographier chronologiquement les points de rencontre entre le roman personnel et l’histoire ? Pour s’y situer ? Vous n’y pensez pas ! D’où le rêve de comète ravageuse, ou ce plaisir malsain à contempler les mercenaires qui ravagent nos campagnes et viennent égorger nos femmes et nos filles jusque dans nos bras.

Eh oui, le « nous sommes en guerre » de M. Macron était bien à prendre au premier degré, comme son Conseil de Défense. Par temps de Gros Vide, tout ça semble surdimensionné, mais si les moujiks attaquent, tous ces efforts « d’organisation » prennent tout leur sens...

D'où l'union sacrée qui comprend ceux censés représenter les communistes et qui suppose la danse des sept voiles autour des vaccinodromes pour s’échauffer, avant de changer de cavalier de l’Apocalypse en se drapant de jaune et bleu.

→ À lire aussi : Faisons la guerre à Macron pour la paix en Ukraine

Ceux qui émettaient des doutes sur le côté sanitaire de la lutte anti Gros Vide se trouvent être ceux qui scrutent l’horizon du côté des plaines de l’Est avec circonspection. Évidemment, du statut d’anti-vax, ils sont passés sans transition à celui d’adeptes de Saint Vladimir. À peine s’ils ont eu le temps de se familiariser avec la culture russe… Bon, pour la plupart d’entre eux, c’était déjà fait, car oui, la curiosité intellectuelle est une habitude tenace, dont les sujets sont sans cesse renouvelés. Beaucoup de rigueur dans le travail et les questionnements rend finalement plus souple. Étonnante, l’utilité du travail.

Seul l’agacement reste, lui. Il se durcit, il devient sans pitié, mais il n’est pas, comme les zozos qui lisent Le Monde le croient, une forme pétrifiée d’intolérance ou de mépris. Il est l’expression la plus commune d’une énième tentative de se protéger contre les blessures provoquées par le mépris et l’exclusion sociale. Les deux années passées à se faire traiter de complotistes, de délirants ou de peine à jouir ont hélas un peu éreinté la patience des plus calmes d’entre nous. Le « finalement, t’avais raison » est un emplâtre totalement inefficace a posteriori. Il ne répare rien, ne compense aucune bassesse à la petite semaine commise par les angoissés chroniques avides de reconnaissance sociale et de normalité de bazar. Avoir raison, la belle affaire quand les dégâts sont commis !

Les champignons attendus à l’horizon par certains sont beaucoup trop dangereux pour être considérés avec soulagement ou bienveillance, à moins d’être complètement décérébré.

Sœur Anne se souvient d’un temps où l’on montrait aux élèves dont elle était, des photos d’archives des ravages des deux bombes atomiques au Japon. Elle se souvient également du rire goguenard de certains de ses camarades. Et de tous ses cours d’histoire à la con. Et bien entendu des ravages de l’inculture historique qui en ont découlé sur les générations pédagogiques qui se sont succédées.

Sœur Anne n’a plus de connexion internet, elle a du mal à joindre ses frères.

Pourtant, on sent comme un frémissement, un genre d’agacement qui se généraliserait...

Le spectacle d’un tapis de champignons à perte de vue donnerait-il de l’audace pour penser la situation explosive ?

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais eu accès aussi facilement à des informations aussi diverses. À raison d’une petite dizaine d’articles de fond par jour, je n’ai jamais autant lu d’enquêtes historiques, d’articles scientifiques, d’analyses de la situation internationale. Et certaines maisons d’édition font même paraître de parfaits inconnus, jeunes, courageux et travailleurs. Impensable il y a encore quelques années. Ça tombe bien : il devenait de plus en plus éprouvant d’écouter Radio France ou de lire un article du journal gothique du soir. Sans parler de subir « les infos » d’une quelconque chaîne de télévision. On se demandait : comment diable ces journalistes font-ils tous pour être aussi peu informés ? Les laïus sur « internet, ramassis de tout et de rien » me laissent désormais de marbre. Certes, il y a parfois du rien, mais même ce rien n’arrive pas au petit orteil d’un canal officiel, labellisé par notre bon gouvernement et ses cerbères. J’ai désormais l’application « tous anti-connerie » sur mes appareils auditifs et je préfère définitivement endurer mille vidéos de comment fabriquer un tiroir en bouteilles plastiques qu’une demi-émission d’Adèle van Reeth.

Pourtant, il paraît que la connexion devient intermittente : interdictions intempestives, algorithmes allergiques à la musique russe, grand nettoyage dans les vidéos YouTube. Je ne sais pas si nous aurons assez de temps pour faire le plein ! C’est à croire que la contre-révolution dopée au viagra ne débande jamais. Peut-être qu’il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment l’accident vasculaire ?

Non, je plaisante, nous n’aurons pas la patience, il faut juste dépoussiérer la bascule à Charlot.

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