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Épidémie de bronchiolite : les effets de la casse de l'hôpital public

Survenue plus tôt que d'ordinaire, l'épidémie de bronchiolite met à mal les services pédiatriques à l'hôpital, ce qui illustre la fragilité du système hospitalier après des années de gestion néolibérale.

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Couloir d'hôpital
Couloir d'hôpital (Ante Samarzija / Unsplash)
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Par Aurore B.
Lecture 4 min

L’épidémie de bronchiolite a gagné la France depuis le début du mois de novembre. Toutes les régions sont touchées et aucune amélioration n’est en vue dans l’immédiat. La bronchiolite est une infection respiratoire virale qui touche spécifiquement les nourrissons. C’est un virus courant en hiver, mais cette année, il pose particulièrement problème en raison du grand nombre d’hospitalisations d’enfants qu’il provoque. Il est vrai que l’épidémie est survenue plus tôt que d’habitude puisque normalement, l’épidémie commence à la mi-novembre, atteint son pic en décembre et disparaît dans le courant du mois de janvier. De plus, cette année, 50% des enfants hospitalisés le sont pour une bronchiolite, contre 40% habituellement, avec près de 6 900 enfants de moins de deux ans hospitalisés en une semaine, selon les chiffres rapportés par le site L’Internaute.

Les hôpitaux sont en difficulté pour gérer l’épidémie

On est donc face à une situation inhabituelle, certes, mais qui intervient surtout alors que les services pédiatriques sont submergés et en manque de moyens. Le 9 novembre, le ministre de la santé, François Braun, a déclenché les plans blancs dans les hôpitaux. L’accueil des enfants admis en urgence se fait au détriment des soins ponctuels. Début novembre, plus d'une trentaine de transferts en réanimation pédiatrique avaient déjà été effectués d'Île-de-France vers d'autres régions afin d'éviter la saturation des urgences pédiatriques, selon l'ARS francilienne. Beaucoup d’opérations prévues pour des nourrissons ont dû être reportées. France Culture relate ainsi le cas d’une famille dont le bébé de cinq mois devait subir une opération de remise en continuité du système digestif le 5 novembre, et qui a dû récupérer son enfant non opéré, faute de place en réanimation pédiatrique. Certes, il n’y avait pas d’urgence vitale, mais le report de l’opération signifie pour ce bébé et pour sa famille une dégradation de la qualité de vie et des coûts supplémentaires (déplacement, éventuellement hébergement) qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale. D’autres enfants sont privés de soins importants que leurs parents doivent faire eux-mêmes chez eux. Le gouvernement se défend de faire du tri entre les patients, mais, de fait, un tri est bel et bien organisé, et la santé de nombreux enfants est mise en péril. Il n’est pas normal qu’en France, une simple poussée épidémique un peu plus virulente que d’ordinaire empêche les hôpitaux de soigner tout le monde correctement.

Une « dette immunitaire » après le Covid-19 ?

Le gouvernement a cependant une explication toute trouvée pour expliquer ces difficultés. Le ministre de la vérité Olivier Véran a déclaré le 13 novembre sur BFMTV : « L'hôpital est sous tension, très forte en pédiatrie, avec une épidémie de bronchiolite qui a été précoce, qui est très intense. Pourquoi elle est très intense ? Justement parce que pendant deux ans, on portait des masques, et comme c’est un virus respiratoire, on avait une protection, donc on avait une épidémie qui était très faible, on a eu moins d’immunisation des petits, et du coup, comme il y a un relâchement collectif, le virus circule très fort, il circule plus tôt, et donc il y a beaucoup d’enfants qui sont malades. » On ne comprend pas très bien si les Français ont eu tort de mettre des masques pendant deux ans ou de les enlever récemment, mais, dans les deux cas, une chose est sûre : c’est de leur faute. Il faut reconnaître que cette hypothèse d’une « dette immunitaire » après deux ans de covid est appuyée par certains spécialistes, notamment un texte de pédiatres français publié dans la revue Infectious Diseases Now en août 2021 qui affirmait que le respect des gestes barrières et la bonne couverture vaccinale « a induit une dette immunitaire qui pourrait avoir des conséquences négatives lorsque la pandémie sera maîtrisée ». Il est à noter que si cette hypothèse est exacte, il y a encore davantage matière à se demander pourquoi la virulence de l’épidémie n’a pas été anticipée. Les chiffres de Santé Publique France montrent que le virus de la bronchiolite a continué à circuler pendant les deux dernières années, quoique dans des proportions moindres, remettant donc en cause les affirmations du propagandiste en chef du gouvernement. Libération note que le concept de dette immunitaire est « ambigu et encore très spéculatif ». Le journal rapporte les propos de l'épidémiologiste Brigitte Autran, pour qui ce concept est flou et « ne repose pas sur de solides bases immunologiques ». L’explication avancée par le gouvernement semble donc pour le moins hasardeuse et insuffisante.

Le tabou de la casse de l'hôpital public par les politiques néolibérales

La véritable raison pour laquelle les hôpitaux peinent à prendre en charge tous les patients à l’occasion de cette épidémie est évidemment éludée par le gouvernement. On ne le rappellera jamais assez : 75 000 lits d’hôpitaux ont été fermés en seize ans, 17 600 sous le premier quinquennat Macron, et les fermetures se sont poursuivies pendant et après la pandémie, tantôt du fait des restrictions budgétaires, tantôt par manque de personnel. Les conditions de travail de plus en plus difficiles poussent les soignants à partir : 65% des infirmières restent en poste après trois ans contre 80% auparavant, selon une tribune du collectif inter-hôpitaux parue dans le journal Le Monde le 10 novembre. Cette année, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) a prévu une augmentation de 4% du budget de l’hôpital public et le gouvernement s’en vante, mais avec une inflation à 6%, cela revient à priver l’hôpital public d’environ 1 à 2 milliards d’euros, donc à aggraver encore sa situation. Selon le collectif inter-hôpitaux, il faudrait a minima 100 000 professionnels de santé en plus et 5 milliards d’euros supplémentaires dans le PLFSS pour rétablir une situation décente. Toutefois, nos dirigeants, obnubilés par les dogmes budgétaires de la commission européenne, refusent obstinément d’écouter les appels incessants du personnel soignant et laissent délibérément couler l'hôpital public, attendant sans doute le bon moment pour sortir la privatisation comme remède magique, et ce au péril de la santé des Français, même des plus jeunes et des plus fragiles d’entre nous.

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