Révolte ou révolution ?
Faut-il attendre le "Grand soir" comme le préconisent certains groupuscules ? Non : la révolte n'est pas la révolution. La prise de pouvoir politique vient parachever un long processus historique de révolution sociale et économique sur le travail.
Cet article est la retranscription d'un thread twitter de Loïc Chaigneau
L'idée selon laquelle il suffirait de prendre le palais présidentiel à la suite d'une révolte est très répandue au sein de certains groupes contestataires de la gauche radicale, ainsi que chez certains Gilets Jaunes. De nombreuses personnes appellent donc au débordement des manifestations. Comme si cela pouvait tout changer immédiatement. Mais la révolte n'est pas la révolution.
Une révolution se structure, s'organise, s'élabore, se théorise. C'est une alliance objective entre une théorie et une pratique révolutionnaire. Sans cela, l'insurrection ne mène à rien, la révolte est sans finalité, sans accomplissement.
Prendre le pouvoir est nécessaire. Mais de quel pouvoir parle-t-on ? en vue de quoi ? avec quelle organisation, quel programme ?
Il est important de comprendre, tout d’abord, que les politiciens présents à l’Elysée et à Matignon ne sont pas les mandants, mais les mandataires de la classe dominante.
Quant à cette classe, elle orchestre pour son intérêt la guerre de tous contre tous et crée de la division permanente pour se maintenir au pouvoir.
Plus important encore, une classe dominante et donc nécessairement dirigeante n'est dominante que parce qu'elle a le pouvoir sur le travail, sur la valeur, donc sur la manière dont on organise une société, c'est-à-dire le mode de production.
La classe dominante n'est pas dominante parce qu'elle est riche ou parce qu'elle peut financer les moyens de sa domination, du moins pas seulement.
Elle l'est d'abord parce qu'elle a le contrôle du mode de production qui sert ses intérêts, parce qu'elle légitime l'exploitation en nous faisant accepter les rapports sociaux tels qu'ils sont.
La prise du palais présidentiel est le résultat de la révolution et non son point de départ.
L'idéologie qui s'immisce dans toutes nos représentations nous laisse entendre qu'une révolution doit d'abord s'enraciner dans la prise de pouvoir politique, par les armes. Or, cela n'est que le résultat d'une révolution d'abord sociale qui doit être articulée à la révolution politique.
La Révolution française est le résultat d'environ cinq siècles de prise de pouvoir concrète sur le travail, par la bourgeoisie sur l'aristocratie. Les institutions de la Révolution française sont alors le résultat de cette lutte des classes et de cette révolution sociale conduite sur des siècles.
→ À lire aussi : La révolution comme résultat et processus en devenir
Aussi, nous devons articuler l'héritage du mouvement ouvrier et mener d'abord à bien cette lutte des classes si nous voulons éviter l'euphorie de la révolte vaine qui conduit au bain de sang...
Utilisons cette belle énergie pour nous structurer efficacement, pour cesser de nous diviser sur des questions qui ne remettent jamais en cause les fondations mêmes de cette société où règnent la servitude et la domination.
C'est seulement ainsi que nous pourrons saisir la finalité de la révolution et cesser tous les six mois, à l'occasion de quelques manifestations, de croire à un lendemain qui n'arrive jamais faute d'être d'abord théoriquement armés.
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