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Lutte de pouvoir

Brésil : un putsch manqué et de profondes divisions

L'attaque des lieux de pouvoirs brésiliens le 8 janvier par les partisans de Bolsonaro souligne les tensions extrêmes qui traversent le pays alors que Lula entame un troisième mandat.

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Par Aurore B.

Lecture 4 min

Le dimanche 8 janvier, Brasilia a été en proie à des scènes de chaos. Le palais présidentiel, le congrès du Brésil et la cour suprême ont été attaqués par des milliers de partisans de l’ex-président Jair Bolsonaro, tous vêtus du maillot jaune de l’équipe nationale de football. Entre le 7 et le 8 janvier, des dizaines de bus ont convergé vers Brasilia, transportant plus de 4 000 partisans de Bolsonaro. Ils ont d’abord campé devant le camp de l’état-major de l’armée avant d’entreprendre une marche de 8 km dans la capitale jusqu’à la place des trois pouvoirs, située au centre de la ville, où l’attaque a eu lieu. Les forces de l’ordre ont été totalement débordées avant de reprendre le contrôle des lieux de pouvoir dans la nuit du 8 au 9 janvier. Ces événements rappellent bien sûr l’assaut du Capitole près de deux ans plus tôt par les partisans de Donald Trump. La Tribune rapporte que de nombreux dégâts sont à déplorer dans les lieux attaqués, avec plusieurs œuvres d’art détruites. Cinq journalistes ont été agressés pendant la journée. Les motivations des manifestants sont claires : empêcher Lula d’exercer ses fonctions de président et « rétablir l’ordre » après une élection qu’ils considèrent comme frauduleuse en faisant appel à l’armée. Certains pro-Bolsonaro ont parcouru des centaines de kilomètres pour participer à l’attaque. Plus de 150 ont été arrêtés selon les autorités brésiliennes. Bolsonaro, qui a quitté le Brésil et séjourne depuis la fin de son mandat à Orlando, aux États-Unis, a condamné dans une série de tweets les attaques de bâtiments publics mais a nié toute implication dans les évènements.

Un défi pour Lula

L’investiture de Lula, prévue le 11 janvier au palais présidentiel, a été maintenue et s‘est déroulée dans un cadre où les marques de l’attaque étaient encore visibles. Il hérite d’un pays profondément divisé et où une partie de la population ne le reconnaît pas comme le chef d’État légitime. Il n’a remporté l’élection que d’une courte majorité, 50,9% des voix. Sa majorité au congrès repose sur douze partis qui vont de la gauche radicale aux libéraux. Dès lors, il est peu probable que son nouveau mandat marque un tournant majeur pour le Brésil. Lula ne semble d’ailleurs pas vouloir utiliser le choc du 8 janvier pour impulser un programme politique ambitieux. À cet égard, rappelons que sa première présidence de 2003 à 2011 fut orientée au centre-gauche et que les réformes les plus ambitieuses mises en œuvre par le parti des travailleurs, comme la création d’une commission d’enquête sur les crimes de la dictature militaire ou l’extension des droits des travailleurs domestiques, le furent sous Dilma Rousseff, qui succéda à Lula. Il ne faut donc pas voir un nouveau Che Guevara dans Lula, mais bien un social-démocrate. Toutefois, il serait également injuste de voir en Lula le seul responsable de l’absence de transformations majeures au Brésil. Rappelons que le régime brésilien est un exemple parfait du parlementarisme dans toute son horreur, où le parlement est morcelé entre des dizaines de partis différents et où il faut donc avoir recours à des calculs d’apothicaires pour faire passer une réforme. Depuis plusieurs années, le parlement est dominé par le très puissant lobby des « BBB » : bible, balle, bœuf, qui rassemble les intégristes évangéliques, les défenseurs du port d’arme et l'agro-industrie, qui forment ce que l’on pourrait appeler l’alliance pour le maintien de l’état actuel des choses et qui ont activement soutenu Jair Bolsonaro.

Redresser le pays après la catastrophe Bolsonaro

La déception à l’égard des précédents mandats de Lula, couplée aux accusations de corruption au sein du parti des travailleurs qui sont constamment relayées par les médias pro-Bolsonaro, sont sans doute à l’origine de la profonde défiance qu’oppose une partie des Brésiliens au nouveau président. Il ne faut pas se faire d’illusions sur Lula, mais nous ne le traiterons pas non plus comme un chien crevé, surtout au regard du bilan désastreux de son prédécesseur. Bolsonaro, nostalgique de la dictature militaire dont il a célébré le putsch fondateur, était parti en croisade contre « l’idéologie de gauche » et spécialiste des anathèmes anticommunistes. Il a supprimé le ministère de la culture en 2019 et a coupé les financements publics aux études de philosophie et de sciences humaines dans les universités (1). Il en a fait de même avec les sciences naturelles pendant la pandémie, c'est-à-dire lorsque les scientifiques ont commencé à tenir un discours contraire au sien, Bolsonaro ayant soutenu mordicus que le covid n’existait pas, jusqu’à l’attraper lui-même. Dans le domaine de la préservation de l’environnement, ce n’est guère mieux, puisque la déforestation de l’amazonie a explosé de 75% sous son mandat. Sur le plan social, Bolsonaro et ses affidés ont supprimé la revalorisation annuelle automatique du salaire minimum mise en place par Lula en 2007 et ont lancé un grand programme de privatisation d’entreprises publiques en juillet 2019 qui a concerné des banques, les services postaux, le plus grand producteur d’électricité d’Amérique latine (Electrobras) ou encore le port de Santos, le plus grand d’Amérique latine. Enfin, concernant la politique internationale, Bolsonaro s’est aligné sur les États-Unis et a notamment joint la voix du Brésil à la leur et à celle d’Israël pour empêcher la levée par l’ONU de l’embargo inique qui touche Cuba et fait souffrir sa population, même si on peut noter qu’il a cessé d’être le chien des États-Unis au début de la guerre en Ukraine pour préserver les intérêts commerciaux du Brésil avec la Russie et la Chine – raison pour laquelle l’ambassade des États-Unis s’est montrée favorable à Lula pendant la dernière élection présidentielle. Espérons donc que le nouveau chef d’État saura corriger les fautes de son prédécesseur et faire du Brésil un pays moins inégalitaire à l’intérieur et plus indépendant à l’extérieur.


(1) Comme l’avait d’ailleurs dénoncé Loïc Chaigneau dans l’avant-propos de Pourquoi je suis communiste.
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